Un générique de fin ?

Publié: 14 février 2015 dans Prise de tête
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Manset a écrit la bande-son de ma vie. Je me rends compte que chaque époque est jalonnée de morceaux du gars depuis 1981. J’ai, à cette époque, découvert L’atelier du crabe qui m’a sorti de ma période punk, m’a réconcilié avec des textes en français – moi qui comprends si mal l’anglais – et m’a stoppé au bord du gouffre. Pourtant, il n’est pas si génial que ça, L’atelier! Mais quand je me le repasse, j’ai toujours un petit frisson, parce que c’est mon premier Manset. En 1974, j’avais bien entendu Il voyage en solitaire, agréable, hors du lot du hit-parade RTL (vous voyez le parcours « musical » quand même! 🙂 mais pas de souvenir marquant de cette chanson que je n’aime toujours pas trop.

Embrumé comme ce soir, je réalise que si je retire Manset de mon souvenir, plus de spiritualité dans ce vieil athée que je suis, plus de Malraux, de Céline, plus de Séruzier, de Gauguin, plus de Bob Seger, de This Mortal Coil, d’Alan Vega, etc. Quand je mets n’importe quel CD – original gravé ou commercialisé – je bascule ailleurs, sa voix m’emporte dans des espaces de mon esprit que je ne connais pas encore ou que j’ai découvert grâce à lui. Les Long long chemin de 2870, où les Capitaines courageux de La vallée de la paix éteignent les Lumières me remémorent mes Rendez-vous d’automne.

Peu d’ami(e)s, même très proches, partagent ce goût de l’austère chanteur de rock, alors c’est ma maison solitaire où je me réfugie quand les choses tournent mal, autour. Je suis de moins en moins persuadé d’avoir envie de parler avec lui, mais son oeuvre me touche au plus profond, sa voix me cisaille dès le premier son, ses arrangements me liquéfient. Il me parle d’angoisses sublimées, de pays aux lointains curieux, de filles aux corps soyeux et tristes, de philosophie lumineuse, de transcendances rares, et il est le seul.

Sans sa musique et ses textes, ma vie est vide, elle n’est qu’un théâtre d’ombres désarticulées.

Pour tout ça, je lui en sais gré et voudrais dire ici que j’aimerais qu’il écrive la musique de mon générique de fin.

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Merci pour cette grève…

Publié: 14 décembre 2014 dans Déambulations
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Lina m’avait demandé de lui laisser la jouissance de la maison pour la deuxième fois en deux mois. Un bonheur, je contribuais à sa vie sociale avec une probabilité non négligeable de ré-amorcer la mienne. Mark nous avait supportés, ma grisaille et moi, le mois précédent, je ne lui referais pas l’embrouille.

Envol

Ça aurait pu être la fin de l’histoire. L’histoire cent fois rappelée du moment de solitude, de la torpeur salutaire de l’ennui et du cocon dans des draps de la clientèle multiple d’un hôtel de la banlieue lointaine. Mais ça ne l’était pas.

Le billet A/R Paris-Amiens n’avait pas résisté à l’annonce le mercredi précédent de la grève des trains prévue le week-end concerné. J’arrivais le jeudi matin devant mon poste de travail et, avant même de me mettre à justifier mon traitement mensuel, je cherchais sur ces fameux moteurs de recherche en ligne un moyen excitant de fuir cette promiscuité propre aux jours de grève ferroviaire. Et l’étonnement vint avec un billet d’avion pour Tunis, Tunis où vit une princesse d’intelligence, mon amie de cœur numérique. Mais c’est aussi la ville d’un certain colonel de Ben Ali – communiste vrai aux espoirs prêts à être de nouveau déçus par une jeune révolution qui promet déjà – un ami précieux de Mark, à rencontrer dès le mois prochain. Par la miraculeuse intervention protectrice de mon meilleur ami, je me trouvais dès midi, pour l’embarquement à 16h40, devant le comptoir de Tunisair agitant mon premier billet numérique d’avion devant les yeux magnifiques de l’hôtesse.

      « C’est parfait, j’ai trouvé votre réservation.
      – …, m’exclamais-je.
      – Il me faut votre passeport, maintenant, monsieur.
      – Ah ? Je n’ai que ma carte d’identité…, je murmurais.
      – Pas grave, donnez-moi votre réservation d’hôtel.
      – Ah mais, je ne vais pas dans un hôtel, je suis hébergé par un ami, vous voulez son adresse, son téléphone, ses coordonnées, quoi…
      – Ça ne va pas être possible, il faut un passeport pour aller en Tunisie et il y a des facilités pour les ressortissants français à condition qu’ils aient une réservation d’hôtel. Vous pouvez descendre au comptoir de ‘Nouveaux voyages’ ou ‘Aller ! Voyages’ pour en réserver une, vous avez le temps.
      – Mais puisque je vous dis que je n’en ai pas besoin puisque je vais dormir chez mes amis. Ça va me coûter une hanche et je n’en profiterai même pas.
      – Je suis désolée, mais sans passeport je ne peux pas vous faire monter dans l’avion si vous n’avez pas de réservation d’hôtel. Je vous donne notre fax et vous demandez à l’hôtel de vous y envoyer votre réservation.
      – …, me dépitais-je. »

Le bad trip en bandoulière, j’errais comme une âme en peine de Starbucks en Brioche dorée avant de me résoudre à solliciter mon hôte tunisois inconnu. Une demi-heure plus tard, je produisais mon effet et ma réservation d’hôtel miteux à Hammamat devant l’hôtesse au regard de braise.

        « Tu devais commencer à savourer ton voyage, non ?, me demandait Yassi qui croquait son nougât chinois.
        – « Mais, monsieur, vous le faites exprès ? » me demande l’hôtesse au comptoir en brandissant ma carte d’identité. Un petit frisson me chatouillait le dos comme si je savais ce qu’elle allait dire. « Elle est périmée ! Votre carte d’identité est périmée depuis avril ! » C’est ça. C’est ça que mon esprit gardait en frissonnant dans mon dos. Tu vois, Yassi, c’était ça que j’avais zappé dans ma folie douce, tu te souviens d’avril ? Quand à la fin d’un samedi, ma hanche s’était fracassée sur le béton de ton garage, je faisais l’idiot en rollers. J’avais oublié de refaire ma carte, à cause de cette chute !
        – Alors ?
        – Ben… après quelques rappels à la loi – « les cartes d’identité sont prolongées de 5 ans, en France », « oui mais, ça, c’est en France et là vous allez en Tunisie » « la carte d’identité nationale est valable toute la vie en France donc c’est bien pour SORTIR qu’elle est prolongée… », etc. – j’ai signé une décharge qui a été acceptée par le commandant de bord qui a bien voulu m’emmener jusqu’à Tunis dans mon état de mauvais citoyen.
        – Et tu es parti, alors, finalement ? »

La dernière contrariété était venue de mon cadeau introduit dans ma jambe le jour de mes 56 ans qui faisait sonner le portail de sécurité de la police des frontières une heure avant de poser le pied dans la carlingue de La Galité. A Carthage, Ahmed grisonnant était venu dans la voiture de sa fille me chercher pour me raconter en route qu’on venait de lui retirer sa voiture officielle avec laquelle son chauffeur avait accompagné Mark au mariage, de sa fille précisément.

Ce fût un temps de douceur, de lumière, de soleil, d’amitiés et de pur bonheur, loin et près en même temps de l’agitation vaine des jours. Des dorades fines aux dîners, des soupes de pois chiches mais pas tant que ça, des chichas dans la Medina, des graffitis libertaires devant l’ambassade de France devenue fortification et un magnifique luminaire dans la mairie déserte par la grâce de la carte de colonel à la retraite de mon hôte.

Lumière

Je suis sur le perron d’Ahmed, dans la tiédeur du soir la caserne, tranquille maintenant, ressemble à la cité du cinéma à Epinay comme je me la remémore. De la fumée danse autour de moi emportant et rapportant la lumière de Tunis, les murmures tendres et si fins de ma tendresse perdue ce week-end pour combien de temps ? L’après-midi s’est déroulée dans le quartier des Délices, haut au-dessus de la baie, grouillant de touristes esquivés dans un café à l’ancienne, filles voilées fumant la chicha, amoureux de la révolution se bécotant en soufflant leurs fumées odorantes entre les lèvres de leur béguin, tunisoises et tunisois punk anarchistes avec leurs thés aux pignons au cœur du tapis qui court tout autour de la taverne. En bon architecte cultivé qu’il est Ahmed me montrera des bâtisses de milliardaires au milieu de la misère, des palais volés au peuple et revolés par des brigands pharisiens, des arches à double centre et des murs qui décorent mais n’enferment pas, des andalouses… Et pour un détour au cirque pour enfants, il nous a valu une escapade au cœur des paradoxes de la révolution.

        « Tu te souviens, Yassi, du week-end où je voulais t’emmener à Strasbourg ? Y’avait eu la grève, tout ça ?
        – Oui bien sûr, c’est ce qui t’a permis d’entendre une amie suggérer d’aider Fred et de passer à l’acte. Eh bien ?
        – C’est ça, c’est précisément ça : je suis passé à l’acte,
        – Et ?
        – Et j’ai réalisé, le soir sur le perron, à Tunis devant la caserne – parce que tu te souviens aussi qu’en fait j’étais allé voir Ahmed ? – que j’étais passé à l’acte : je t’ai aimée, vraiment, dans ma chair, mes neurones, mon ventre, je t’ai aimée, pour de bon, pour de vrai comme nous disent les enfants, pour la première fois. Pour la première fois, j’ai réalisé que je t’aimerai toujours que tu sois ma meilleure amie, mon amie de cœur, mon amie même comme mon ennemie je crois. Peu m’importe qui tu es, je t’aime Yassi. »

Amis

On avait permis à 27 amies et amis, en une semaine, de leur donner presque 500 F.

« C’étaient encore des francs ? »

En panne d’inspiration ces derniers temps pour cause d’actualité débordante d’optimisme tant sur le plan politique intérieure, étrangère, économie, finances et tout le reste, je souhaitais partager avec vous cette remarque. Elle ne vaut rien, bien sûr, puisqu’elle émane d’un rocker, Kent mais, nous, on partage son point de vue.

« J’entends à la radio que depuis le début de l’année, les banques françaises ont perdu 20 milliards d’Euros, mais ce n’est pas grave car elles restent solides. On croirait une parodie de dépêche de l’ex-URSS. Plus que jamais le monde des finances nous fait la démonstration qu’il est un monde de charlatans, de menteurs et de lâches et que l’économie est une science aussi fantaisiste que l’astrologie. »

Je me souviens du regard de tueur fou que m’avait lancé mon prof d’économie – pourtant pas néo-classique – quand je lui avais tenu à peu près ce langage après je ne sais plus quelle crise financière. « Mais, Bob, l’économie est une science exacte dans ses modèles pas dans ses prévisions! Voyons! » Ben, d’accord, mais alors pourquoi à chaque soubresaut financier vous vous pointez tous à la télé, au Figaro et sur vos blogs pour la ramener avec vos analyses ?

Je sais c’est un peu tard pour parler de lui mais Denis Robert est un grand journaliste. On ne lui confiera jamais le 20 heures télévisuel (et c’est bien dommage) mais c’est le genre à passer des années sur une enquête pour la peaufiner, la décortiquer, l’autopsier pour finir par l’exposer magistralement. Quand on lit ses bouquins – parce qu’il n’y a pas beaucoup de journaux en France, prêts à dévoiler des vrais scandales, qui mettent bien souvent en scène des dirigeants politiques, financiers, policiers, de la presse, etc.

Je n’ai jamais trop bien compris l’Affaire Clearstream car il y a trop de ramifications, trop de protagonistes de tous bords. Ce que j’ai compris en revanche, c’est que c’est vraiment une sale affaire. On dirait un roman d’espionnage mais on est dans la réalité. Les acteurs s’appellent J. Chirac, Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, dit Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin, les services secrets, des magistrats et, bien sûr, nos amis les banquiers qui ne manquent jamais une occasion d’extorquer du fric à moindres frais.

Seulement, celui qui écrit n’est pas un romancier. Il a des informations vérifiées, il a des sources bien vivantes et manifestement bien informées. Le scénario s’écrit tout seul et même les protagonistes se retournent contre celui qui écrit. Des menaces, des agressions verbales et physiques, des procès comme s’il en pleuvait contre l’auteur le journaliste.

Mais, manifestement, trop c’est trop et Denis Robert jette l’éponge! Couvert de condamnations pour diffamation, victime de pressions de tous bords, le journaliste abandonne au bout de 9 ans son enquête et écrit sur son blog son dernier message concernant cette affaire.

Alors oui : une censure relayée par la justice, les hommes politiques et les journaux qui se taisent, ça ne s’appelle pas de la censure mais C’EST de la censure.

Il y a maintenant plusieurs années, je vous ai laissé-e-s sur votre faim avec une fin inachevée, c’est à dire sans fin. Vous mesurez déjà, dès la première phrase, l’état de décomposition avancée dans laquelle mon écriture est désormais trempée, et bien trempée !

Les choses étant ce qu’elles sont jusqu’à preuve du contraire, avec le bénéfice du doute et la présomption d’innocence, ne mégotons pas, je me suis permis de les canaliser, les remettre dans leur lit – faute de mieux – et de retitrer ce nouvel-ancien blog avec un morceau muratien de derrière les fagots. Comme un incendie ne vient jamais seul (proverbe pompier et rat-taupier), je repars de zéro MAIS, dès qu’un mien ami bloggueur m’aura gentiment dépanné, je devrais vous recoller ici tous les anciens articles.

Ça suffira pour aujourd’hui et bonjour chez vous !

Vidéo  —  Publié: 22 janvier 2014 dans Amabilités
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La peur de l’autre, la peur de l’inconnu nous viennent de la nuit des temps.

Il est naturel de voir l’autre, l’inconnu, l’étranger comme un danger potentiel pour soi, pour ses proches, pour son habitation, pour son territoire… quand on vit en tribu dans des cavernes et quand le nouveau venu peut tout aussi bien être un tigre aux longues dents (je ne connais pas le nom scientifique), qu’un prédateur vaguement humanoïde assoiffé de sang et de nourriture.

Ce qui caractérise l’humain, c’est sa capacité à devenir humain. Et il doit en faire la preuve. Pour résumer, l’humain doit se dépasser, combattre sa nature, son état naturel pour être humain. C’est là, l’origine de la parole, de l’histoire, de la culture, des sociétés, de l’humanité. Et celui qui n’arrive pas à se faire violence pour combattre son état naturel n’est pas tout à fait humain. Tout au plus est-il un humanoïde qui cherche à survivre : un être préhistorique.

Le raciste, le xénophobe, le dictateur, le fasciste est un être préhistorique! Il a l’usage de la parole et il a vaguement appris à vivre en société mais il a abandonné toute volonté de rejoindre l’humanité, il ne sert que ses intérêts propres et ceux de sa tribu. Il fait généralement référence à la société uniquement dans le but de faire la preuve qu’elle ne le protège pas lui et son clan mais ses « agresseurs ». Il montre ainsi, une nouvelle fois, son inaptitude à rejoindre ses semblables, puisqu’il n’est pas « l’animal social », comme dirait St-Antoine qui ne savait comment traduire en latin l’expression grecque « l’homme est un animal politique » d’Aristote, et encore moins « l’animal politique ».

Pour être un humain, l’homme doit le devenir en combattant son état naturel d’animal, ainsi sa nature devient culture.

Je l’ai VU…

Publié: 11 avril 2012 dans Déambulations
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Je l’ai vu, le portail bleuâtre franchi, là au fond de la cour derrière les portes vitrées donnant sur la galerie déserte, comme une salle des pas trouvés à 500 m de la gare St Lazare. Inhabituellement, il est partout, en chaussettes sur un parquet du bout du monde ou en contre-jour dans un hôtel thaï. Son pinceau a relevé les traits, a brossé les ombres et débordé parfois la marie-louise. Même l’exquise couverture de Aqui Te Espero est transfigurée de gouache ou d’aquarelle.

Une petite volée de marches plus bas, dans un labyrinthe devenu carnet de voyages du chanteur de rock, voyages où les avions peuvent avoir encore des hélices et des carlingues rutilantes, voyages dans un dédale créatif d’un brouillon – la quintessence de la création – ratures comprises, ses toiles sont devenues photos, les photos tableaux. Ses Nikon et Pentax étalent leur litanie à l’entrée comme pour affirmer l’authenticité des clichés ainsi caviardés. Nombreuses sont les réminiscences, les redites mais, telles le texte de « Face Aux Objets », ces photos connues étonnent par une rature par ci, une coulure par là. Et c’est tellement excitant de voir des tirages de ces images sorties d’un livre ou d’un album.

Le catalogue de N. Comment

Le catalogue de N. Comment

Mais la secousse m’est venue des photos de Nicolas Comment, un Mexico plus Calexico que Mariano, évidemment, aux couleurs alanguies, aux modèles si sensuels, aux atmosphères puissantes et troubles. La visite est courte mais forte et se termine sur la table d’expo riche en raretés et collectors de Nicolas mais aussi son prochain album en avant-première ainsi que « La Terre Endormie » de Manset qui sort ces jours-ci chez Filigranes Editions. Amis, précipitez-vous à la Galerie VU,http://www.galerievu.com/detail_exposition.php?id_exposition=117&id_photographe=76? Vous n’y verrez peut-être pas de nouvelles photos mais vous y trouverez la sérénité et plein de collectors !

Une pellicule de Manset

Une pellicule de Manset

La veille, l’endroit bruissait des convenus des vernissages, les photos mexicaines et sensuelles du photographe vous accueillaient au rez-de-chaussée. Au milieu des ouvrages de l’un et l’autre, celui-ci signait ses textes et ses images tandis que l’autre y allait de ses paraphes rares ou barrait d’un trait une photo glacée.

Bref, je n’ai toujours pas vu Manset : j’avais pas de carton !

Un parking très sélect

Publié: 17 juin 2011 dans Prise de tête

Hier soir, je me décide à aller visiter http://www.facebook.com/l.php?u=http%3A%2F%2Fwww.residences-de-services.com%2F&h=4d4d0 près de la gare de triage de Chelles (à 600 €/mois « l’unité simple », quand même). Après avoir découvert l’environnement ferroviaire et la cité + terrain vague associé où se trouve cette « résidence », je gare ma voiture sur une place du parking, vide à cette heure-là.

A la porte du bâtiment (un immeuble style HLM des années 80), je suis « accueilli » par une jeune femme qui mange un sandwich en partageant une cigarette avec un jeune homme qui me demande si j’ai une place dans le parking. A ma réponse négative, elle me demande de déplacer mon véhicule à l’extérieur et de revenir. Je lui explique alors que je n’en ai que pour quelques minutes puisque je viens chercher de la documentation et voir le hall. Si le locataire de la place de parking que j’occupe indûment arrive, je m’empresserai, bien évidemment, de déplacer mon char d’assaut.

Ne voulant pas en démordre (« il faut que je vous fasse visiter et je ne peux vous laisser visiter seul » – même le hall ? – « … »), cette charmante hôtesse refuse de me laisser entrer dans le hall et de me donner des papiers d’information tant que je n’aurais pas déplacé mon véhicule.

Je suis donc reparti bredouille, si ce n’est que j’ai pu constater qu’on ne plaisantait pas avec les places de parking dans cet endroit sélect qui ne doit pas avoir de gros problèmes pour remplir ses « unités », au vu de la qualité de l’accueil ! Je ne saurais trop vous conseiller cette résidence si accueillante pour les véhicules mais de ne pas trop compter sur un logement pour vous !

Ce qu’on peut dire, au moins, c’est que cela fait débat.
Il faudrait être totalement sourd, aveugle et imbécile pour affirmer que la culture étasunienne, je préfère à américaine, car il y a d’autres pays en Amérique, même du Nord, ne domine pas le monde depuis de longues années.

Prenons un seul exemple : le rock. L’origine est incontestablement afro-américaine. C’est une musique de rebelles. Le blues est bien une musique de résistance à l’esclavage des noirs africains, kidnappés en Afrique pour venir travailler (mais peut-on parler de travail sans salaire?) dans les champs de coton des colons américains, eux-mêmes émigrés d’Europe. Et c’est bien ça qui fait la particularité de la culture américaine : le mélange des cultures du monde, à l’origine. Cette volonté farouche des premiers colons de faire des States le pays de la liberté, les a poussés à fondre leur culture d’origine, dans une NOUVELLE culture, inexistante, fabriquée de toutes pièces pour faire « américains » (en génocidant d’ailleurs, au passage, les indigènes amérindiens). L’imposition de l’anglais comme langue commune en est un des signes les plus évidents. Dès le départ, donc, c’est la naissance d’une culture de « recyclage » qui donnera cette ouverture formidable à la culture étasunienne. Pour en revenir au rock, cette musique noire, de rebellion, de résistance qu’est le blues, et dans une moindre mesure le jazz, sera habilement recyclée par des blancs (avec quelques noirs au milieu, quand même). Cette musique de l’énergie, de la rebellion, de la résistance parle un langage universel, parle au monde entier, à la jeunesse du monde entier.
Il faut toutefois se souvenir que le mot rock, ou rock’n’roll a été inventé par un animateur de radio, dont j’oublie le nom, présentement. Les médias, déjà, donc. Tous les ingrédients de la propagation de la culture étasunienne sont déjà là : rebellion recyclée par les médias pour en faire un produit (les Inrocks ont publié récemment un hors série où l’on trouve une parfaite illustration de ce phénomène, corruption des animateurs de radios comprise), désir d’universalité, imposition de la langue anglaise au plus grand nombre, « digestion » de toute contestation dans un divertissement. Tout l’art est assujetti, aujourd’hui, à cette dictature, douce et acceptée par le plus grand nombre, de la culture dominante étasunienne.
Raison de plus pour s’en méfier car le plus grand nombre a rarement raison… Mais cela n’enlève rien au génie d’un certain nombre d’artistes ou de femmes et d’hommes des Etats-Unis. Je ne connais pas d’équivalent européen sur le plan de la création, de l’inventivité, de l’originalité, à Woody Allen, The Marx Brothers, Michaël Moore, Leonard Cohen, James Ellroy, Jim Harrison, David Bowie, The Pixies, Andy Warhol, Marylin Monroe, John Cassavetes, Paul Auster, etc. J’en oublie, évidemment.
Le contraire, statistiquement parlant, serait extraordinaire. Mais le nombre ne vaut rien devant les individus. Et c’est pourquoi, le reste du monde recèle aussi de génies, que la culture dominante n’a de cesse de recycler, ou, à défaut d’oublier, au mieux d’anéantir, au pire. Et surtout, cela ne donne à aucun peuple ou groupe, le droit de se décréter la lumière du monde. Les français sont un peu plus chatouilleux, à tort, sur ce point, en raison du fameux « siècle des lumières ». Quelle connerie!
Mais tant qu’on parle, on échange, on produit du sens, on grandit. On revit.

Remarque : Pour une analyse philosophique éclairée de la culture (étasunienne, en particulier), je recommande H. Arendt, « La crise de la culture ».

C’est bien le propre de la condition humaine que chaque génération nouvelle grandisse à l’intérieur d’un monde déjà ancien, et, par suite, former une génération nouvelle pour un monde nouveau traduit, en fait, le désir de refuser aux nouveaux arrivants leurs chances d’innover.
« La crise de la culture ».

Tiens! Je vais peut-être ajouter ça dans l’en-tête du blog. Ou alors : « Que la force soit avec toi. » Faut voir.

L’enfer c’est les autres

Publié: 28 février 2011 dans Prise de tête

Le dirigeant libyen a assuré […] que la Libye était « complètement calme ». Il n’y a « pas d’incidents en ce moment » dans le pays et il n’y a « rien d’inhabituel. Il n’y a pas de troubles », a-t-il poursuivi.

http://www.leprogres.fr/actualite/2011/02/27/kadhafi-fustige-l-onu-et-assure-que-la-libye-est-completement-calme

« Mon devoir de Président de la République est d’expliquer les enjeux de l’avenir mais tout autant de protéger le présent des Français. C’est pourquoi, avec le Premier Ministre François Fillon, nous avons décidé de réorganiser les ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité. »

http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2011/allocution-radiotelevisee-du-president-sur-la.10756.html

Khadafi et Sarkozy ont ce même déni de la réalité, pour l’un il ne se passe rien dans son pays et pour l’autre, il ne s’est rien passé en France qui impose un remaniement ministériel : tout est la faute de « l’extérieur », l’O.N.U. et la presse étrangère pour l’un et les peuples arabes en révolte pour l’autre.

Que doit-on en conclure ?